cuisiniere et marmite net

Toute mon enfance j’ai connu cette cuisinière avec ses carreaux de céramique décorés sur le mur à l'arrière. Le tuyau d’évacuation des fumées montait verticalement, muni d’une clef pour diminuer le tirage, qu’on ne devait toucher à aucun prix; il faisait un coude, et rentrait dans le conduit de l’ancienne cheminée, non loin de la pendule Suchard.. À la saison froide, la soupe de légumes du jardin, préparée le matin , y mijotait toute la journée. Regarder cette photo m’emplit des souvenirs olfactifs de ces jours d’hiver, ça sentait bon cette cuisine et on y était bien au chaud.

C’est là aussi que le pot-au-feu cuisait doucement, le dimanche, dans un grand faitout qui ne servait qu’à cela, appelé lui même « pot-au-feu ».

C’était aussi le seul chauffage de la maison, la salle à manger possédait un mirus, que l’on allumait de temps à autre. Les chambres, elles, n’étaient pas chauffées; le soir on sortait du four les briques réfractaires qui avaient emmagasiné la chaleur du feu le jour durant, elles étaient emmaillotées dans un journal, France Soir en général, puis dans un torchon et placées au fond du lit. Il fallait parfois attendre qu’elles refroidissent pour y poser les pieds.

Par grand froid un radiateur soufflant, Calor, banché sur la « force », à triple résistance, trois positions, était allumé 15 mn avant le coucher. Il m’est arrivé de le mettre sous les draps quelques dizaines de secondes pour chauffer le lit…Jusqu’au jour ou, une odeur de brûlé s’étant violemment échappée, je renonçai à ce stratagème.

Sur la photo, c’est le faitout à potage, d’ailleurs, s’il est là c’est que la soupe du jour mijote gentiment.

Le dessus de la cuisinière était astiqué, chaque soir, à la toile émeri, je n’échappais pas à la corvée mais je prenais parfois plaisir à la rendre bien brillante.

Les fagots et le bois de chauffage étaient à l ‘abri, à l’écart de la maison, dans un petit bâtiment de pierre calcaire couvert en tuile mécaniqus: « l’appartement à bois ».

Le charbon, lui, était stocké dans un bac en ciment, approximativement, si mes souvenirs ne me trompent pas trop d’1m20 x 1m x 1m, une ouverture permettait au « boulet » d’être accessible par le bas.

Ma grand-mère avait très peur du feu, et le soir, vers 6/7 heures, on n’alimentait plus le foyer; si au moment de monter au lit, il restait quelques braises, elle les éteignait avec une casserole d’eau.

Le lendemain matin, Paulette, la soeur de ma mère se levait dés potron minet, allumait le feu et préparait notre petit déjeuner.

On était vraiment comme des coqs en pâte….